Les naufragés d’Angolon : la nuit où un ultra-trail a basculé
Dans la nuit du 14 au 15 juin 2024, l’Ultra-Trail du Haut-Giffre, en Haute-Savoie, a tourné au drame. Ce qui devait être une épreuve d’endurance en montagne s’est transformé, pour de nombreux participants, en une lutte pour survivre dans des conditions extrêmes.
Kall69
3/28/2026
Les naufragés d’Angolon : la nuit où un ultra-trail a basculé
Dans la nuit du 14 au 15 juin 2024, l’Ultra-Trail du Haut-Giffre, en Haute-Savoie, a tourné au drame. Ce qui devait être une épreuve d’endurance en montagne s’est transformé, pour de nombreux participants, en une lutte pour survivre dans des conditions extrêmes.
Dès le départ, la météo suscite des inquiétudes. Pluie, vent et froid sont annoncés. La course est néanmoins maintenue. Les coureurs s’élancent, conscients de la difficulté, mais confiants dans leur préparation et dans l’organisation.
Au fil des heures, les conditions se dégradent nettement. En pleine nuit, aux abords de la pointe d’Angolon, à plus de 2 000 mètres d’altitude, la pluie devient battante. Le terrain, déjà technique, se transforme en une boue épaisse et instable. La progression ralentit, les appuis deviennent incertains.
Un participant décrira plus tard des sentiers « transformés en bouillie ». La tension monte à mesure que les coureurs approchent d’une descente réputée difficile, mais qui, cette nuit-là, devient particulièrement dangereuse.
C’est dans cette portion que la situation bascule. Dans l’obscurité, sous une pluie continue, les coureurs s’engagent dans une pente raide. Une corde a été installée pour sécuriser le passage. Rapidement, elle devient le seul repère dans un environnement chaotique.
Les premiers glissements surviennent, puis les chutes se multiplient. Un témoin évoque « une silhouette qui glisse rapidement vers le bas de la pente ». D’autres parlent de cris, de bruits de corps heurtant les rochers. L’atmosphère bascule dans la panique.
« On est en mode survie… il ne faut pas lâcher cette corde », raconte un concurrent.
Un autre confie avoir compris à cet instant la gravité de la situation : « À ce moment-là, tu prends conscience de l’horreur. »
Dans la nuit, les frontales disparaissent dans le brouillard et la pluie. Les coureurs chutent, se relèvent, tentent de s’agripper. Certains perdent tout contrôle dans la pente rendue glissante. D’autres restent figés, incapables d’avancer ou de reculer.
Plusieurs participants évoquent des scènes de chaos, marquées par la peur et l’impuissance. « J’ai vu des gens crier d’effroi », témoigne l’un d’eux. La course n’existe plus. Il ne s’agit plus de performance, mais de rester debout.
Le bilan humain est lourd. Un coureur de 52 ans perd la vie après une chute. D’autres sont blessés, parfois grièvement. Plusieurs concurrents souffrent d’hypothermie ou de choc. Les secours interviennent dans des conditions difficiles, en pleine nuit, sur un terrain instable.
Au lendemain de la course, les témoignages convergent. Beaucoup décrivent un traumatisme durable. Certains disent avoir frôlé la mort. L’un d’eux évoque une chute enregistrée à très grande vitesse, symbole de la violence de l’épisode.
Au-delà de l’émotion, des questions émergent. Fallait-il maintenir la course malgré les conditions annoncées ? Les risques ont-ils été correctement évalués ? Les dispositifs de sécurité étaient-ils adaptés à une telle dégradation météo ?
Presque deux plus tard, les récits restent marqués par l’intensité de cette nuit. Les participants parlent d’une expérience qui dépasse le cadre du sport. Une confrontation brutale avec les éléments, où la solidarité entre coureurs a souvent été le seul repère.
L’épisode des naufragés d’Angolon s’inscrit désormais comme l’un des événements les plus marquants du trail en France. Il rappelle la fragilité des hommes face à la montagne et la nécessité, pour tous les acteurs de ces épreuves, de mesurer pleinement les risques inhérents à ce type d’engagement.
Nos pensées accompagnent la famille et les proches du coureur disparu dans cette tragédie.
Auteur : Adrien R






© 2026. All rights reserved.
